
La fondation de Lucus Augusti remonte à un peu plus de deux mille ans. Ce fut une fondation augustéenne, s'inscrivant dans la politique d'intégration territoriale et administrative du nord-ouest hispanique promue par Auguste après la victoire romaine lors des guerres cantabres (26/25 et 19 av. J.-C.). La date de fondation se situe autour de 15-13 av. J.-C. À l'origine, elle fut conçue comme un bastion défensif contre les tribus indigènes non encore romanisées et, simultanément, pour servir de centre administratif crucial pour la gestion et la romanisation de la région.
L'empereur Octave Auguste lui-même confia la fondation de la ville à son légat impérial, Paulus Fabius Maximus. Trois inscriptions fondatrices ou bornes commémorant ce fait ont été localisées, incluant des inscriptions consacrées à Rome et Auguste par Paulus Fabius Maximus.
Lucus Augusti fut établie comme la principale fondation urbaine réalisée par Rome sur le territoire galicien actuel durant le règne d'Auguste. Son objectif était d'être l'épicentre politico-administratif de la zone, devenant la capitale de l'un des trois conventus iuridici du nord-ouest hispanique, le Conventus Lucensis, aux côtés d'Asturica Augusta et de Bracara Augusta. Elle fut conçue comme une entité urbaine principale dans un vaste projet d'urbanisation.
Se basant sur son tracé orthogonal primitif, pour Schulten, l'origine de Lugo fut un campement militaire, utilisé par les troupes du général romain Caius Antistius Vetus durant les guerres cantabres pour récupérer et soigner les blessés en profitant des sources thermales proches. Ce campement joua un rôle majeur dans les guerres cantabres et demeura stable pendant environ dix ans, étant reconverti en établissement civil par Paulus Fabius Maximus sur ordre d'Auguste lors de son second voyage en Hispanie. Pour d'autres chercheurs, c'est une création augustéenne planifiée, non le résultat de l'évolution d'un noyau indigène ni une colonie romaine.
La ville s'implanta sur un promontoire stratégique délimité par les fleuves Miño et Rato, profitant de l'existence de sources thermales. Son emplacement à une intersection de voies romaines lui conféra une importance en tant que nœud de communication.
Elle présente un urbanisme bien planifié, bien qu'adapté à la topographie du terrain. Elle est régie par des critères d'orthogonalité, mais avec une application irrégulière et l'existence de plusieurs axes régulateurs. Durant les trois premiers siècles, la ville connut une croissance importante.
Avec le temps, la trame urbaine originelle de l'époque julio-claudienne fut transformée, spécialement avec l'impulsion urbanistique de l'époque flavienne, connaissant un développement spectaculaire, avec une réorganisation du tracé urbain, une augmentation de la largeur des rues, la dotation de systèmes d'approvisionnement et de drainage, et une grande augmentation de l'architecture privée. Cette impulsion flavienne est liée au processus de municipalisation après l'extension du ius Latii, qui cherchait à promouvoir le développement urbain.
Parmi les vestiges et éléments urbains connus ou identifiés, se distinguent les thermes romains, le pont romain et le forum, qui se situe dans la zone la plus proéminente et correspond à un type de forum classique d'époque augustéenne, bien qu'il ait subi des transformations.
La muraille romaine est considérée comme l'élément conservé le plus important. Elle fut élevée postérieurement, entre la fin du IIIe siècle et le début du IVe siècle ap. J.-C., ou entre 260 et 310 ap. J.-C., sur ordre de l'empereur Aurélien (an 270). Sa construction répondit à des raisons stratégiques et s'adapta à la topographie du terrain, modifiant la physionomie urbaine et laissant une partie des quartiers existants hors de son périmètre. Elle a une longueur de 2 266 mètres et 86 tours, entourant environ 34,4 hectares.
Malgré les avancées archéologiques, la connaissance de l'urbanisme de Lucus Augusti est limitée du fait qu'il s'agit d'une ville superposée et que les preuves archéologiques sont fragmentaires. Tout au long de son histoire, la ville a subi des dégradations, y compris dans des zones à l'intérieur de l'enceinte fortifiée.
- L'intégration du territoire galaïque dans le système administratif romain
L'intégration de la Gallaecia dans le système administratif romain, particulièrement impulsée à l'époque augustéenne avec la fondation des capitales de conventus et approfondie durant l'époque flavienne par l'extension du ius Latii et la municipalisation, fut un processus qui chercha l'intégration politique, économique et culturelle. Elle se basa sur la création d'un réseau de centres urbains et administratifs, la promotion d'élites locales romanisées et l'adaptation du système romain aux réalités et rythmes propres au Nord-Ouest hispanique, sans l'élimination complète des traditions indigènes.
Contexte de l'Intégration :

Après la fin des Guerres Cantabres (25-19 av. J.-C.), Rome procéda à l'organisation des territoires du nord-ouest hispanique qu'elle venait d'incorporer. L'intégration de ces territoires s'inscrivit dans une politique plus large d'Auguste pour consolider la domination romaine en Hispanie.
L'un des instruments les plus importants fut la fondation de villes, conçues comme des points focaux pour le contrôle du territoire et sièges d'institutions administratives. Ces districts administratifs subordonnés à la province, avec pour capitale les villes de nouvelle fondation, agirent comme l'axe vertébral du processus de romanisation du nord-ouest péninsulaire. La création ou réorganisation des conventus fut une mesure clé pour intégrer les provinces hispaniques dans l'administration romaine. Les capitales de conventus étaient des lieux où les vétérans de l'armée romaine avaient l'habitude de se retirer, facilitant leur intégration dans la vie civile et politique.
L'arrivée des Romains supposa de nombreux changements pour les sociétés préexistantes. La romanisation est un processus d'acculturation, un échange culturel bidirectionnel entre la société romaine et les communautés indigènes. En Gallaecia, elle fut marquée par l'acculturation ou assimilation entre la culture des castros et la culture romaine, générant des systèmes d'organisation, d'habitat, de modes de vie et même de langue différenciés d'autres parties de l'Hispanie. Ce fut un processus lent et graduel, mais décisif. L'assimilation d'éléments romains fut moindre dans le secteur occidental de l'Hispanie, où l'organisation indigène se maintint, étant utilisée par l'administration romaine.
L'extension du ius Latii (droit latin) par Vespasien (69-96 ap. J.-C.) à toute l'Hispanie fut un instrument fondamental pour l'intégration et le développement urbain. Dans le Nord-Ouest, contrairement à la Bétique, le ius Latii agit davantage comme une incitation et un point de départ de la romanisation que comme une confirmation d'un degré de romanisation déjà acquis. Ce privilège facilitait l'acquisition de la citoyenneté romaine à ceux qui exerçaient des magistratures locales (civitas Romana per honorem), ce qui à son tour favorisait le développement d'élites locales intégrées dans le système romain. L'extension du ius Latii mena à la généralisation du municipium comme cadre juridique et politique pour les communautés locales, transformant leur statut et organisation institutionnelle pour s'ajuster au modèle romain. Cela impliqua une réorganisation du territoire articulée à travers la figure du municipium.
La présence militaire fut essentielle pour faciliter l'intégration de certaines zones dans les pratiques culturelles, fiscales et politiques de Rome. Sous Vespasien, l'armée dans le Nord-Ouest a pu servir de véhicule de romanisation, offrant aux indigènes une voie pour obtenir la citoyenneté à travers le service et assurant l'application des nouvelles structures politiques dérivées du Latium. L'activité militaire, incluant la construction d'infrastructures routières, le contrôle territorial, les travaux publics et l'exploitation minière, contribua à l'établissement du pouvoir romain et à l'intégration territoriale.
La romanisation était également recherchée à travers l'intégration des aristocraties locales. Le ius Latii et la réorganisation du culte impérial, incluant l'établissement du culte conventuel dans le Nord-Ouest, facilitèrent l'accès des élites à la citoyenneté romaine et leur participation à la vie politique provinciale et impériale. Cela ne fut pas immédiat, mais prépara la promotion d'Hispaniques aux ordres supérieurs (equester et senatorius) au IIe siècle ap. J.-C.
Caractéristiques du Développement Urbain en Gallaecia :
Bien que l'urbanisation fût promue, le développement urbain en Gallaecia fut partiel, lent et progressif. Contrairement à d'autres régions, pratiquement aucun des sites des castros galaïques préexistants ne fut occupé ensuite par une ville de modèle romain. Cependant, de nombreux castros subirent des modifications structurelles et architecturales révélant l'influence romaine. Des agglomérations comme les oppida ont pu connaître une plus grande promotion urbaine. La municipalisation de l'époque flavienne symbolise la romanisation des trois conventus dans le cadre de la cité latine. Des villes comme Lucus Augusti et Bracara Augusta, en plus d'être des centres administratifs, attirèrent une population diverse et montrèrent des signes d'intégration aux modèles sociaux romains. Lucus Augusti, en particulier, est associée au contrôle administratif et à l'exploitation des ressources minières.

- Le rôle stratégique de Lucus comme capitale du Conventus Lucensis
Sa position fut clé pour exercer sa fonction administrative centrale sur un vaste territoire, incluant le siège judiciaire, la promotion du culte impérial, le recensement et la fiscalité à travers le tabularium, et le soutien logistique et policier offert par la statio Lucensis et la présence militaire. Son développement consolida son rôle de centre névralgique du pouvoir romain dans le Nord-Ouest, bien qu'avec un rythme et des particularités propres en comparaison avec d'autres capitales comme Asturica Augusta. Pline l'Ancien la cite explicitement comme l'une des capitales conventuelles de l'Hispanie Citérieure.
Bien qu'Asturica Augusta fût le principal centre de gestion de l'or du Nord-Ouest, la situation stratégique de Lucus Augusti et sa fonction de capitale de conventus lui octroyaient un rôle décisif dans le contrôle logistique et la supervision administrative des ressources aurifères, car de nombreuses mines importantes se trouvaient aux limites des couvents Asturicensis et Lucensis. Le réseau routier partant de Lucus Augusti, comme la voie vers la partie occidentale de son conventus, facilitait ce contrôle et le commerce.
- Parallèles en Hispanie et dans l'Occident romain
Tandis que la muraille de Lugo se distingue par sa conservation exceptionnelle et par le fait d'être considérée comme un modèle, ce n'est pas un phénomène isolé. Il existe de nombreux parallèles de murailles romaines en Hispanie et dans l'Occident de l'Empire, spécialement celles construites ou rénovées au Bas-Empire, dont beaucoup font l'objet d'études et de comparaisons avec le cas de Lucus Augusti. La construction de ces fortifications reflète un contexte historique et stratégique plus large dans l'Hispanie tardo-romaine.
La muraille romaine de Lugo est l'exemple le plus monumental, le mieux conservé et ayant la plus grande intégration dans le tissu urbain environnant, non seulement en Espagne, mais dans ce qui fut toute l'aire territoriale de l'Empire Romain. Ce fut un projet d'ingénierie militaire rigoureusement planifié, devenant un paradigme des enceintes défensives urbaines de l'époque romaine.
Bien que la muraille visible actuellement soit tardo-romaine, elle dut succéder à une autre antérieure, bien qu'encore non détectée, probablement de type symbolique. Un bloc de pierre de taille de la muraille tardo-romaine, trouvé dans la zone de la "Porta Nova" (Ouest-Nord-Ouest), qui fut encastré dans le parement, est considéré comme un parallèle d'intérêt, car provenant d'une autre muraille hispanique et étant augustéen. Ce bloc, conservé aujourd'hui au Musée Provincial de Lugo, a donné lieu à diverses interprétations en raison de son aspect usé. Le cas de la muraille des Scipions de Tarraco, avec un relief de "Minerve", est mentionné comme parallèle de reliefs sacrés sur des murailles.
Son édification actuelle fut une réponse directe à la crise généralisée qui affecta l'Empire Romain au IIIe siècle ap. J.-C. et aux nouvelles alarmantes concernant la rupture du "limes" ou frontière du Rhin. La datation précise de la muraille à cette période n'est pas seulement une donnée chronologique, mais une révélation cruciale sur la stratégie romaine d'adaptation face à la désintégration progressive de l'Empire. La construction d'une fortification d'une telle ampleur dans une période de crise généralisée et de rupture des frontières ne fut pas un acte isolé, mais une priorisation stratégique de la sécurité interne et de la consolidation de points vitaux dans les provinces. Cela signifie que la Muraille est plus qu'une structure défensive ; c'est un symptôme tangible et une réponse stratégique à un empire en déclin, marquant un point d'inflexion dans la politique militaire romaine passant de l'expansion à la consolidation défensive. Elle fut construite d'une seule traite et de façon continue, ce qui suggère une œuvre planifiée et exécutée sans interruptions significatives dans sa phase romaine originale, au-delà de réformes et reconstructions postérieures.
Les murailles tardo-impériales en Hispanie présentent des innovations par rapport aux haut-impériales, celles-ci étant plus patentes dans la région nord-ouest péninsulaire. Il semble que les villes romaines hispaniques qui, dans leur conception originale, n'avaient pas de murailles, ressentirent un besoin plus pressant d'en construire entre le milieu et la fin du IIIe siècle ap. J.-C.
Les murailles romaines de l'Antiquité Tardive, approximativement entre les IIIe et VIe siècles ap. J.-C., présentent une série de caractéristiques générales qui les distinguent des fortifications des périodes antérieures et reflètent les changements politiques, militaires et urbanistiques de l'Empire Romain.

Contrairement aux murailles du Haut-Empire, qui avaient souvent un caractère plus symbolique et de prestige, les fortifications tardo-antiques répondirent à un besoin croissant de défense contre les incursions barbares et l'instabilité générale de l'empire.
Stratégie étatique et militaire : La construction de murailles fut liée à une nouvelle conception géostratégique de l'Empire, impliquant la création de forces de défense mobile (comitatenses) et la nécessité de villes fortifiées pour stationner des troupes et protéger le territoire.
En Gaule, par exemple, les fortifications étaient fortement influencées par les besoins de l'état romain pour maintenir la sécurité et administrer (spécialement pour collecter les impôts) les provinces et soutenir l'armée. Elles facilitaient également la collecte d'impôts et de péages, contrôlaient le réseau routier et canalisaient le mouvement des personnes et des marchandises.
Malgré leur fonction défensive, les murailles servirent aussi de moyen d'autoreprésentation pour les villes et, dans certains cas, de forme de légitimation de l'autorité impériale.
Une caractéristique commune est la réduction significative de l'aire urbaine originale du Haut-Empire qui était fortifiée, laissant de grandes sections de la ville existante hors de la zone défendue. Des exemples incluent Bordeaux, Pergame, Sagalassos et Hiérapolis. En Gaule, les circuits défensifs tendaient à occuper un emplacement plus périphérique par rapport au tissu urbain antérieur.

Les murailles étaient généralement plus épaisses (entre 3 et 5 m, parfois jusqu'à 7 m) et hautes (10-12 m) que celles des périodes antérieures, conçues pour résister aux attaques et faciliter la mobilité des défenseurs sur le chemin de ronde.
Les tours projetaient vers l'extérieur de la ligne de la muraille, avec des plans préférablement semi-circulaires (en forme de U), bien qu'elles pussent aussi être rectangulaires ou polygonales. La distance entre elles fut raccourcie, permettant un meilleur flanquement défensif. Le développement et l'essor des grandes tours en forme de U eurent lieu à l'époque de Dioclétien.
Portes fortifiées : Les grandes ouvertures du Haut-Empire furent remplacées par des passages étroits et facilement contrôlables, souvent flanqués de tours et dotés de systèmes d'entrée complexes.
L'inclusion de fossés ou de systèmes d'ouvrages extérieurs (proteichismata), pouvant être des tranchées de terre ou, dans certains cas, des murs extérieurs parallèles à la muraille principale, était courante pour maintenir l'ennemi à distance et protéger les points faibles.
Une caractéristique distinctive et omniprésente fut l'usage systématique de matériaux de construction préexistants (spolia), comme des blocs de pierre, des pierres de taille architecturales et des pierres tombales de monuments antérieurs. Cette pratique n'était pas seulement économique et logistique, mais se faisait parfois avec un effet décoratif ou symbolique. Par exemple, à Cordoue, des pierres du théâtre romain furent réutilisées pour les tours de la muraille.
L'usage de l'opus emplectum (noyau de maçonnerie et mortier avec parements) et de l'opus mixtum ou opus vittatum (alternance de rangées de pierre et de brique) était fréquent. La présence d'assises de brique à intervalles réguliers était courante dans certaines régions, comme la Gaule du nord et l'est de l'Empire.

Bien que certaines murailles furent construites en réponse à des menaces immédiates, l'ampleur et la complexité de nombreux projets suggèrent une planification sophistiquée et non une construction précipitée. La construction d'une muraille pouvait prendre des années, voire des décennies.
La construction de murailles impliquait souvent une profonde transformation de la topographie urbaine existante, avec la démolition de structures antérieures pour laisser place au nouveau tracé défensif.
Autour des murailles, on créait habituellement des zones dégagées ou glacis, qui, avec les fossés, servaient à isoler physiquement, fonctionnellement et cognitivement les fortifications du reste de la ville antique.
Dans de nombreux cas, les circuits réduits et les structures internes des villes fortifiées suggèrent une orientation vers des centres militaires ou des lieux ayant une forte composante militaire.
Les murailles de Lucus Augusti (Lugo) constituent l'un des ensembles défensifs les mieux conservés de la Tétrarchie dans la Péninsule Ibérique. Elles appartiennent à une "première génération" de fortifications construites durant la période tétrarchique (fin du IIIe siècle ap. J.-C. et début du IVe siècle ap. J.-C.).
La recherche archéologique récente a permis de connaître avec des données fiables le moment de leur construction. Aucun matériel postérieur à la période "constantinienne avancée" (320-337 ap. J.-C.) n'a été trouvé dans leurs niveaux de fondation.

La construction de ces murailles dans des villes de taille petite et moyenne dans le nord-ouest de la Péninsule est directement liée à la présence de l'armée romaine dans la région et à la nouvelle conception géostratégique de l'Empire, où l'Hispanie et le sud de la Gaule jouèrent un rôle important dans la collecte d'impôts pour l'annona militaris.
L'édification de ces fortifications est considérée comme une intervention étatique importante, car des villes de second ou troisième ordre comme Lugo auraient difficilement eu les moyens économiques et techniques pour assumer un investissement d'une telle ampleur, s'étendant sur 30-40 ans.
Caractéristiques Constructives et Conception :
Les murailles de Lugo, avec celles de León, Astorga et Braga, présentent d'évidentes similitudes structurelles, ce qui a conduit Ian Richmond à forger le concept de "style légionnaire hispanique".
Elles incorporent les avancées les plus récentes en matière de conceptions défensives développées au début du IIIe siècle ap. J.-C. dans les camps romains frontaliers.
Elles projettent vers l'extérieur de la ligne de la muraille et ont de préférence des plans semi-circulaires (en U). On observe un raccourcissement des distances entre les tours.
Les murailles furent épaissies (4-7 m) pour faciliter la mobilité des défenseurs, ayant donc une grande taille, avec 5-7 m de large en certains points, ce qui en fait une structure formidable.

Elles présentent une plus grande hauteur du mur rideau (10-12 m). Elles étaient préparées pour l'usage d'artillerie sur la muraille.
Le système défensif autour des portes fut renforcé ; celles-ci, sauf exceptions, cessèrent d'être de larges ouvertures pour devenir des passages étroits faciles à contrôler.
Elles furent construites avec un noyau de maçonnerie liée au mortier et des parements de différents matériaux. Dans le cas de Lugo, c'est une maçonnerie de pierre irrégulière de dalles d'ardoise, un matériau abondamment disponible aux abords de la ville. Pour les encadrements de portes et fenêtres, des blocs de granit furent employés. L'espace entre les deux parements de la muraille fut rempli avec un mélange de mortier calcaire, de pierre lâche, de galets et, de manière notable, de matériaux architecturaux et épigraphiques romains réutilisés.
Une pratique courante dans la construction romaine tardive fut l'usage de spolia, mais cela suggère aussi une efficacité pragmatique dans l'usage des ressources disponibles et, possiblement, une revalorisation ou une nouvelle utilité pour des structures antérieures dans un contexte de nécessité défensive. L'inclusion de pierres avec inscriptions, qui furent jadis des symboles de fierté civique ou de mémoire personnelle, comme simple remplissage structurel, est un indicateur subtil mais puissant des pressions économiques et sociales de l'Empire Romain tardif, où la nécessité défensive primait sur la préservation symbolique. Il est hautement probable que les murs étaient enduits sur toutes leurs faces, une pratique courante pour protéger la maçonnerie et améliorer l'esthétique.
Des preuves d'escaliers internes associés aux murailles ont été trouvées.
Transformation Urbaine :
La construction des murailles à Lugo (ainsi qu'à Saragosse et Barcelone) impliqua une transformation complète de la topographie urbaine, avec de nouvelles structures et des espaces vides intra-muros, ce qui conditionna l'image et l'évolution des centres urbains hispaniques durant les siècles post-romains. La conception de la muraille incluait la capacité d'assurer l'autosuffisance de la ville en temps de siège, en enfermant une zone importante qui ne comprenait pas seulement les espaces urbains, mais aussi des terres cultivables, garantissant ainsi l'approvisionnement.
Les murailles de Lugo sont reconnues comme la fortification romaine la mieux conservée d'Europe. Sa caractéristique la plus distinctive est la conservation intégrale de tout son périmètre, une particularité qui en fait un cas unique au niveau mondial parmi les fortifications romaines. Cette conservation exceptionnelle, contrairement à d'autres fortifications romaines qui furent démolies ou sévèrement altérées dans des contextes urbains, n'est pas seulement un fait architectural, mais un reflet profond de l'évolution urbaine de Lugo et de la relation symbiotique de la ville avec son patrimoine. Sa survie implique une interaction continue et adaptative entre le tissu urbain et le monument, ce qui en fait une archive vivante des phases de développement de Lugo.
C'est pourquoi elle figure sur la Liste du Patrimoine Mondial de l'UNESCO depuis l'an 2000. L'inscription s'est basée sur le Critère (iv), qui l'identifie comme un exemple éminent d'un type de construction, d'ensemble architectural ou technologique, ou de paysage illustrant une étape significative de l'histoire humaine. Ce critère souligne non seulement son ancienneté, mais sa capacité à encapsuler et raconter l'adaptation et la résilience d'une ville et d'une civilisation à travers les siècles, depuis le Lucus Augusti original jusqu'à la Lugo contemporaine.
La zone centrale déclarée couvre 1,68 hectare, complétée par une zone tampon de 59,88 hectares, ce qui dénote l'engagement envers la protection de son environnement immédiat. Au fil des siècles, la muraille a perduré avec peu de réformes structurelles ayant substantiellement altéré sa structure originale. Son état de conservation la positionne comme un témoignage vivant de l'ingénierie sophistiquée et de la stratégie militaire romaine, servant en outre de pont tangible connectant le passé impérial avec le présent de la ville.
Elle présente un plan quadrangulaire, bien qu'avec une forme oblongue et des côtés courbes s'adaptant à la topographie du terrain. Le chemin de ronde a un périmètre de 2 117 mètres.

À l'origine, la Muraille de Lugo était dotée de 85 tours défensives majoritairement de plan semi-circulaire, bien que des variations de leur diamètre et flèche fussent enregistrées. Des originales, 71 tours sont conservées jusqu'à aujourd'hui, un nombre exceptionnellement élevé. Certaines d'entre elles ont subi des altérations de leur plan au fil du temps. Les tours étaient distribuées à intervalles réguliers le long du mur, oscillant entre 8,80 mètres et 16,40 mètres. Probablement, toutes les tours disposaient de deux étages supérieurs, pourvus de 2, 3 ou 4 grandes fenêtres chacun. De ces ouvertures, une seule a été restaurée et est visible dans la zone de la Mosqueira, offrant une rare vision de son aspect original.
Bien que la majorité des tours eussent une base circulaire, certaines étaient quadrangulaires, un choix de conception fournissant des angles de tir plus larges et éliminant les angles morts sur les courtines (les tronçons de mur entre deux tours).
La muraille actuelle compte un total de dix portes, reflétant son histoire et évolution urbaine. La coexistence de cinq portes romaines originales et cinq portes modernes n'est pas une simple énumération, mais une chronique de l'évolution urbaine de Lugo. Les portes modernes, ouvertes entre 1853 et 1921, répondent à de nouveaux besoins de connectivité urbaine, comme l'accès à la prison, au séminaire, à la gare ferroviaire et aux hôpitaux. Cela illustre de manière éloquente comment la muraille, bien que conçue comme une barrière défensive, s'est intégrée et adaptée de façon pragmatique à l'expansion et modernisation de la ville, au lieu de devenir un obstacle infranchissable pour son développement. Le fait que de nouvelles portes furent ouvertes à travers la muraille, au lieu de la démolir ou simplement la contourner, démontre une approche adaptative et pragmatique envers le développement urbain, où le monument fut intégré et réutilisé, renforçant son utilité et son acceptation culturelle dans le tissu urbain en évolution.
La muraille disposait également de poternes, petites portes ou accès secondaires à usage militaire dotés d'habitacles servant probablement de corps de garde pour leur protection.
La muraille disposait aussi d'éléments défensifs additionnels. Un fossé périmétral entourait l'extérieur de l'enceinte fortifiée, séparé d'environ 5 mètres des tours. Les fouilles archéologiques ont documenté ses dimensions : une largeur moyenne de 20 mètres et une profondeur de 4 mètres. L'intervallum, conçu comme une ronde intérieure, entourait la muraille et permettait la communication rapide des troupes à l'intérieur de la ville pour faciliter sa défense. Sa largeur variait en fonction des rues adjacentes, mais n'était jamais inférieure à quatre mètres. Avec le temps, cet espace fut progressivement occupé par des constructions ; au milieu du XXe siècle, plus de 30 bâtiments étaient adossés à la muraille, envahissant l'intervallum.

Le chemin de ronde est l'une de ses caractéristiques les plus remarquables, étant intégralement à usage public et praticable sur tout son périmètre. C'est un lieu parfait pour se promener et observer la ville. La problématique historique de l'intervallum occupé par des constructions et les efforts contemporains pour récupérer une "ronde intérieure" révèlent une tension historique constante entre la fonction défensive originale et la pression de la croissance urbaine. Ces efforts actuels démontrent un engagement pour équilibrer la conservation structurelle avec l'usage public et l'amélioration de la qualité de vie urbaine, transformant une barrière militaire en un point de rencontre civique.
© Du texte : Andrés Nadal 2025
© Des photographies : Andrés Nadal 2025
© De l'article : La Casa del Recreador 2025
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